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Vie active - Alimentation - Comprendre
Eloge de la Bidoche par Willy Borsus, Ministre du BBB
par Alain Geerts - 27 mars 2015

Vous pourrez lire ici le communiqué de presse envoyé par les trois collectifs de l’ASBL Végétik (Bruxelles, Liège, Charleroi) en réaction à la publication, le jour de la Journée Internationale Sans Viande (20 mars 2015), d’un communiqué de presse de Monsieur Borsus, ministre de l’agriculture, destiné à diffuser largement les 9 bonnes raisons de manger aussi de la viande [1].

Pour vous mettre en appétit

Le texte étant relativement long, voici, pour vous mettre en appétit, quelques arguments décisifs à opposer à ceux, plus que contestables, du ministre de l’agriculture.

- Notre modèle alimentaire, riche en viande et en produits animaux a pour conséquence l’augmentation de la prévalence des maladies chroniques évitables d’origine nutritionnelle : obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires, cancers et ostéoporose principalement. [2]

- Les élevages sont considérés par deux organismes des Nations Unies, la FAO et le programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) comme une des causes majeures de la dégradation des écosystèmes [3].

- Le Conseil Supérieur de la Santé met en garde le grand public par rapport à des études récentes qui confirment le lien entre une consommation excessive de viande rouge et le risque de développer un cancer colorectal [4].

- Les végétariens bénéficient d’une espérance de vie supérieure aux omnivores et développent moins souvent de maladies cardiovasculaires [5].

- L’association Greenpeace, après une enquête de 4 ans, a montré qu’une des causes principales de la déforestation de la forêt amazonienne est imputable à la culture de soja destiné aux élevages européens. [6].

- Le bilan carbone de l’élevage est inquiétant [7].

- En un an, une vache est responsable de l’émission d’une quantité de GES comparable en équivalent carbone à celle d’un 4x4 parcourant 9315Km [8] . Chiffre qu’il faut multiplier par 2 millions et demi, ce qui correspond au cheptel Belge en 2008.

- L’agriculture doit changer de paradigme et doit inclure dans son bilan économique les dommages que subissent les écosystèmes et que devront payer un jour ou l’autre les citoyens. Si ces changements entraînent une perte de productivité, ce sera tout bénéfice en termes de création d’emplois. [9]

- Actuellement, 45 % de la production mondiale de céréales est destinée à nourrir les animaux d’élevage ; 90 % du soja mondial et 80% de la production de maïs américain leur sont consacrés.

- En jouant le jeu du tout-intensif, les éleveurs ne jouent-il pas à un jeu dangereux ? Il serait bon qu’ils prennent connaissance de la sensibilité des consommateurs. [10]

Découvrez les autres arguments tout aussi percutants dans le communiqué intégral.

Le communiqué de Végétik dans son intégralité

Notre association vient de prendre connaissance du communiqué de presse de Monsieur Borsus, le ministre de l’Agriculture, à l’occasion de la journée internationale sans viande. Monsieur le ministre y développe 9 arguments dont les intentions sont claires : faire l’éloge de la consommation de viande bovine wallonne ! Nous comprenons bien les visées électoralistes de cette initiative, mais nous nous étonnons de constater les connaissances approximatives d’un ministre sur une matière faisant partie de son portefeuille de compétences. Nous pouvons comprendre sa position partisane, mais nous n’acceptons pas que le citoyen soit trompé par des données erronées et qu’il soit encouragé à poursuivre un régime alimentaire présentant des risques pour la santé [11].

Comme l’a observé le rapport commun de l’Organisation mondiale de la santé et de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) intitulé « Alimentation, nutrition et prévention des maladies chroniques », notre modèle alimentaire, riche en viande et en produits animaux a pour conséquence l’augmentation de la prévalence des maladies chroniques évitables d’origine nutritionnelle : obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires, cancers et ostéoporose principalement. [12]

Nous rappelons également que les élevages sont considérés par deux organismes des Nations Unies, la FAO et le programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) comme une des causes majeures de la dégradation des écosystèmes [13].

Nous voudrions reprendre point par point l’argumentation de Monsieur le Ministre pour montrer le peu de sérieux dont il fait preuve. Nous aimerions lui rappeler que le peuple Belge lui a donné un mandat pour défendre les intérêts de tous, producteurs et consommateurs. Il nous semble scandaleux qu’il se fasse le chantre de la filière bovine et montre par là, que sur de nombreux sujets nous ne pouvons plus attendre de lui des décisions en matière de politique agricole qui ne soit partisanes.

De notre point de vue et dans l’intérêt de chacun, nous trouvons plus judicieux d’anticiper l’avenir et d’accompagner les éleveurs vers des modes et secteurs de production plus durables et porteurs d’avenir.

L’homme a besoin de viande

Monsieur le Ministre commence par rappeler, fort utilement, que selon le Conseil Supérieur de la Santé, il n’est pas recommandé de dépasser 300gr de viande rouge par semaine. Il affirme que ce chiffre correspond à la consommation moyenne actuelle, qu’il n’y a donc aucun problème.

Pourtant de l’avis de ce même organisme, on apprend également que la consommation des Belges est de 640gr de viande rouge par semaine [14]. L’erreur du ministre est très fréquente : elle consiste à confondre viande bovine et viande rouge. Qu’il nous soit permis de lui rappeler que ce terme de viande rouge est aussi utilisé pour la viande de porc et de mouton et que les Belges mangent une plus grande quantité de viande de porc que de viande bovine, plus coûteuse. Monsieur Borsus oublie par ailleurs, fort à propos, de rappeler le pourquoi de cet avis du Conseil Supérieur de la Santé. Il s’agissait de mettre en garde le grand public par rapport à des études récentes qui confirment une fois de plus le lien entre une consommation excessive de viande rouge et le risque de développer un cancer colorectal [15].

Ensuite le ministre affirme que la consommation de viande aurait baissé de 50% en 30 ans, chiffre absolument inédit ! Nous voudrions connaître l’origine de ces informations qui permettent d’affirmer de pareilles énormités. D’après les statistiques du Service public des Finances [16], on peut tout au plus parler d’une diminution de 10 %, surtout liée aux scandales alimentaires qui ne cessent de ternir l’image de ce secteur. [17] Encore une fois la confusion doit porter sur la distinction entre viande rouge, viande bovine et viande blanche. Nous trouvons par contre honteux que sur la base de données erronées, le ministre de l’agriculture se permette ensuite d’affirmer, nous le citons : « Il faut maintenir le niveau actuel » de consommation de viande.

Voilà donc l’objectif de cette sortie médiatique, en dépit du bon sens, en dépit des appels du corps médical et des nutritionnistes, en dépit des rapports de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et de ses confrères du ministère de la Santé ainsi que du Plan National Nutrition Santé. [18] Monsieur le ministre exhorte la population à ne pas changer d’habitudes alimentaires. Ce sont là de lourdes responsabilités.

La suite montre encore que sa spécialité n’est pas la nutrition, mais le droit. Il affirme que l’homme étant omnivore, la consommation de viande est nécessaire. Pourquoi s’aventurer sur un terrain aussi glissant ?

Le régime omnivore est un avantage évolutif et en aucun cas une contrainte, il faut savoir que notre morphologie naturelle est plutôt adaptée à l’alimentation végétale. En effet notre espèce est à l’origine arboricole, comme les singes, nos proches parents. Leur régime alimentaire était alors principalement granivores et frugivores. Grâce au feu et aux outils, l’homme a eu accès à une alimentation plus carnée. C’est une option avantageuse lorsque les conditions de vie sont difficiles, mais cette option n’est en aucun cas nécessaire dans le cas d’une société comme la nôtre caractérisée par une offre abondante et variée de végétaux comestibles (Pour rappel les botanistes ont recensé plus de 70.000 espèces de plantes comestibles).

Pour vérifier l’affirmation du ministre, il faudrait montrer que s’abstenir de viande comporte des risques pour la santé, cela ne peut se faire que sur la base d’études scientifiques sérieuses. Heureusement, elles existent. La plus significative étant celle publiée par le docteur Key dans l’American Journal of Clinical nutrition [19] en 1999 qui analyse les 5 plus grandes études jamais réalisées à ce jour et dont l’objectif principal était de comparer l’espérance de vie globale des végétariens et des omnivores. Les résultats ne plairaient pas à Monsieur Borsus, car ils contredisent ses affirmations. Les végétariens bénéficient d’une espérance de vie supérieure aux omnivores et développent moins souvent de maladies cardiovasculaires.

Mais au-delà de ces études, vivent en Belgique plus de 300.000 végétariens et végétaliens. En Allemagne on en compte plus de 6 millions. Ce mode alimentaire est de plus en plus populaire partout dans les pays développés pour d’évidentes raisons éthiques. A ce jour, aucune maladie spécifique ne touche cette population.

Pour exemple, les gouvernements allemands et suisses ont constitué une commission d’enquête à la demande d’associations de citoyens afin de répondre officiellement à la question : « Peut-on être en bonne santé sans manger de viande ? ». Après enquête, ils sont arrivés à la même conclusion que l’American Dietetic Association (ADA), la plus grande association de nutritionnistes américaine (70.000 membres) : « les alimentations végétariennes (y compris végétaliennes) bien conçues sont bonnes pour la santé, adéquates sur le plan nutritionnel et peuvent être bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies. Les alimentations végétariennes bien conçues sont appropriées à tous les âges de la vie, y compris pendant la grossesse, l’allaitement, la petite enfance, l’enfance et l’adolescence, ainsi que pour les sportifs. » [20]

C’est bon pour la planète

Monsieur Borsus aimerait faire croire au citoyen que l’élevage est bon pour la planète, en faveur de son développement naturel et de son équilibre. Mais il oublie que son analyse se limite aux élevages bovins en Wallonie. Alors que les Belges consommaient en 2013, selon le Service Public Fédéral (SPF) des finances, 25 kilos de porc, 15 kilos de volaille et 6 kilos de bœuf. Il apparaît donc que la consommation de viande bovine n’est pas l’élément décisif dans le bilan environnemental de la production de viande.(9)

Pour rappel, 97 % des élevages de porcs et 90 % des élevages de poules en Belgique ont adopté un mode de production intensif ; ce qui signifie qu’on nourrit pour une large part ces animaux avec du maïs et du soja principalement OGM, et importés des Etats-Unis, du Brésil et de plus en plus d’Argentine.

Ces plantes, qui nécessitent l’utilisation abondante de pesticides, sont gourmandes en eau. De plus, l’association Greenpeace, après une enquête de 4 ans, a montré qu’une des causes principales de la déforestation de la forêt amazonienne est imputable à la culture de soja destiné aux élevages européens. [21]. Une des firmes incriminée par ce rapport était la multinationale Cargill qui possède de nombreuses implantations en Belgique.

Mais revenons aux élevages bovins wallons. Il faut reconnaître que, comme l’indique monsieur le Ministre, le bilan environnemental d’une vache de terroir nourrie à l’herbe est bien meilleur que celui d’un bovin appartenant à une race conçue pour la production intensive et nourrie avec du maïs et du soja. Nous félicitons d’ailleurs tous les éleveurs qui ont fait le choix parfois risqué de passer d’un mode de production intensif à un mode de production extensif et encourageons les personnes désireuses de continuer à manger de la viande de se tourner vers ce type de filière.

Cependant, il ne faut pas ignorer que le cheptel wallon est principalement composé de races très productives comme le Blanc Bleu pour la viande et la Holstein pour le lait. Or nous savons que la plupart des exploitations ne possèdent pas assez de surfaces de pâturages au regard de la quantité d’animaux élevés et dépendent donc d’un apport extérieur. Nous savons aussi que les performances de ces races à viande et à lait dépendent d’une alimentation végétale enrichie (hyper-calorique et hyper-protéinée) qui sont souvent des plantes gourmandes en eau, en pesticides et en engrais quand elles ne sont pas importées de l’étranger.

Vive le local !

Nous sommes d’accord avec le ministre lorsqu’il nous apprend que la production de viande bovine implique un circuit de production local et nécessite peu de déplacements, ce qui est une bonne chose pour le bilan carbone [22].

Mais une fois de plus la viande la plus consommée en Wallonie est la viande de porc et de volaille et cette production est majoritairement implantée en Flandre (cela représente + de 90% de la production belge). Ces élevages intensifs sont de gros consommateurs de protéagineux importés par des transatlantiques très gourmands en énergie fossile. Le bilan carbone en prend pour son grade.

Malheureusement, Monsieur Borsus, le bilan carbone de l’élevage bovin Wallon est aussi critiquable. Bien que ce secteur avance souvent l’argument que les pâturages peuvent être considérés comme des puits de carbones. La nécessité d’entretenir de vastes zones herbeuses pour l’élevage peut, en effet, sembler bénéfique du point de vue de la lutte contre le réchauffement climatique.

Mais à bien y réfléchir, si l’on veut que ces espaces puissent capturer le dioxyde de carbone via la photosynthèse, il faudrait y planter des arbres et surtout ne pas y introduire de ruminants. Car ces animaux, par la rumination, vont produire du méthane et contribuer à relâcher dans l’atmosphère le carbone piégé par la plante. Le méthane est un gaz dont la capacité à provoquer un effet de serre (l’effet radiatif) est 23 fois supérieure à celle du CO2.

Nous avons calculé, à partir de chiffres publiés par l’institut agronomique de Gembloux, qu’en un an, une vache était responsable de l’émission d’une quantité de GES comparable en équivalent carbone à celle d’un 4x4 parcourant 9315Km [23] . Chiffre qu’il faut multiplier par 2 millions et demi, ce qui correspond au cheptel Belge en 2008.

Les ressources pour nourrir nos bêtes sont présentes en Wallonie

Nous supposons que lorsqu’il parle de bêtes, le ministre fait encore référence aux bovins, une obsession décidément. Il nous explique aussi que nous avons de l’eau en suffisance et que donc nous ne devons pas nous occuper de ce paramètre. Contestant les chiffres du Fonds des Nations unies pour l’alimentation faisant état de l’utilisation de 1500 litres d’eau pour produire un steak, il propose une autre étude qui arrive à un résultat très inférieur. Le problème c’est qu’il ne fournit aucune référence pour cette étude française, il ne nous sera donc pas permis de savoir si cette étude provient d’un chercheur aussi objectif que Monsieur Yves Beckers, qu’il cite à 2 reprises. Nous nous étonnons d’ailleurs que soient utilisées de pareilles sources d’informations : après tout Monsieur Beckers exerce ses talents dans une unité de zootechnie, science dont l’objectif avoué est de faire produire toujours plus de viande, d’œufs ou de lait aux animaux. Monsieur le ministre ne se soucie pas de présenter l’avis éclairé d’experts impartiaux. Il ne semble pas voir l’once d’un conflit d’intérêts en utilisant ces références. Mais n’ergotons pas. Nous voudrions cependant faire observer au ministre que si nous avons bien de l’eau en quantité [24], qui le contesterait ?, nous ne sommes pas d’accord lorsqu’il dit que notre eau est de qualité, il ne peut ignorer que récemment l’Europe a fustigé la Wallonie pour sa mauvaise gestion de l’eau. Elle est d’ailleurs menacée d’astreintes financières si elle ne construit pas rapidement plusieurs centres de traitement des eaux usées. Une des inquiétudes des technocrates de Bruxelles est la concentration inquiétante de nitrate que l’on y retrouve.

Nous voudrions porter à l’attention du ministre le rapport de l’évaluation européenne pour l’azote (ENA) [25] qui suit une vaste étude menée par 200 experts provenant de toute l’union européenne. On y apprend que ce type de pollution est principalement dû aux élevages. D’après ces experts, 80 % de l’azote utilisé en agriculture sert à produire de la nourriture pour l’élevage. L’excès de nitrate dans l’eau a pour incidence une augmentation des cas de cancers pour ceux qui en boivent régulièrement. S’ils sont présents en trop grande quantité dans l’air, ils provoquent une diminution de l’espérance de vie dans les zones concernées. Les nitrates entraînent également des phénomènes d’algues vertes et de « zones mortes » le long des côtes.

Cette étude évalue à 700 euros par individu et par an les coûts de cette pollution pour un pays fortement touché. C’est notre cas, malgré un mieux, (l’utilisation d’engrais azotés a baissé de 20 % en Wallonie depuis 1995). La Région reconnaît dans son Tableau de bord 2010 de l’environnement wallon se situer encore 40 % au-dessus de la moyenne européenne. [26] [27]

L’Agriculture, un secteur économique à part entière

L’agriculture est un secteur économique important, mais nous aimerions rappeler qu’historiquement, c’est le passage d’un mode de production extensif à un mode de production intensif qui est responsable de la faillite des petites exploitations et de la disparition de nombreux emplois dans ce secteur.

Nous aimerions que soit prise en compte l’idée d’arrêter d’accorder des subventions à la production intensive et de concentrer nos efforts pour favoriser l’émergence d’exploitations respectueuses de l’environnement avec pour horizon une gestion à long terme de nos ressources. C’est à cette seule condition que nous garantirons la sécurité alimentaire des citoyens. L’agriculture doit changer de paradigme et doit inclure dans son bilan économique les dommages que subissent les écosystèmes et que devront payer un jour ou l’autre les citoyens.

Si ces changements entraînent une perte de productivité, ce sera tout bénéfice en termes de création d’emplois. [28]

Il faut nourrir la planète

C’est ici, que nous nageons en plein délire ! Monsieur le ministre envisage-t-il de nourrir les 2 milliards et demi d’humains supplémentaires que comptera la planète en 2050 avec de la viande ? Nous lui suggérons de lire le rapport de la F.A.O : « Livestock’s long shadow » et d’enchaîner par le récent rapport du Programme des Nations Unions pour l’Environnement (PNUE) : « Produits et matières premières » pour qu’il puisse vite se rendre compte de la dangerosité de ses propos. (voir note 3) En résumé, la F.A.O prévoit que si nous devions nourrir un cheptel aussi gigantesque, il faudrait doubler la production agricole mondiale. Or, aujourd’hui cette production stagne malgré les avancées technologiques. Pour augmenter les rendements agricoles, il faudrait : des sols en bonne santé, un climat favorable et de l’eau, beaucoup d’eau. C’est précisément ce dont on manquera en 2050. Actuellement, 45 % de la production mondiale de céréales est destinée à nourrir les animaux d’élevage ; 90 % du soja mondial et 80% de la production de maïs américain leur sont consacrés. Chez nous, En Belgique, c’est 50 % de la production de blé qui est destinée aux élevages. Cela oblige la Belgique à en importer pour nourrir la population ; le blé panifiable étant différent du blé destiné au bétail. Si la demande en viande augmente encore, la demande en soja et en maïs augmentera également et donc les surfaces nécessaires pour les produire aussi. Monsieur Borsus est-il d’accord de raser toutes les forêts pour fournir de la viande à toute la planète ?

La demande de produits carnés fera également monter le cours de ces précieux aliments, les personnes les plus pauvres devront se serrer la ceinture, non pas pour manger de la viande dont monsieur le ministre plébiscite la consommation, mais uniquement pour pouvoir se nourrir d’aliments végétaux de base. En consommant toujours plus de viande, on augmente la compétition pour l’usage des sols.

Plantera-t-on, alors, des plantes destinées aux hommes ou d’autres spécifiquement destinées aux animaux en perdant au passage en moyenne 90 % des calories et 70 % des protéines ?

Au train où ça va, Monsieur le ministre, en 2050 nous devrons choisir entre nourrir les animaux d’élevage ou nourrir les humains !

Le « Blanc Bleu Belge », une des fiertés nationales

Le Blanc Bleu est un animal qui souffre d’une altération génétique provoquant une hypertrophie musculaire appelé aussi Culard. [29] Nous comprenons l’intérêt des producteurs mais nous voyons moins l’intérêt du consommateur soucieux de bien-être des animaux utilisés pour l’élevage. Il faut savoir que cette malformation génétique a pour conséquence une augmentation très importante de la masse de l’animal qui sera donc davantage sujet aux problèmes articulaires.

De plus, les femelles de cette race ne peuvent plus vêler naturellement mais nécessite l’intervention d’un vétérinaire pour pratiquer une césarienne (un marché bien lucratif !). Ces animaux, plus fragiles, reçoivent une plus grande quantité d’antibiotiques. Ce qui pose un problème sanitaire et nous amène à considérer ce problème majeur. Quid de l’augmentation de la résistance des bactéries pathogènes dans les élevages ? [30]

En affirmant que le Blanc bleu belge est une fierté nationale, Monsieur Borsus affirme qu’utiliser pour l’élevage des animaux présentant des malformations génétiques devrait rendre les citoyens fiers de l’inventivité de nos ingénieurs agronomes. Je lui suggère d’observer la réaction du citoyen lambda lorsqu’il aperçoit une de ces bêtes difformes dont la morphologie ressemble étrangement à un body-builder gonflés aux anabolisants. En jouant le jeu du tout-intensif, les éleveurs ne jouent-il pas à un jeu dangereux ? Il serait bon qu’ils prennent connaissance de la sensibilité des consommateurs. [31]

Notre élevage nous permet l’auto-suffisance

Gros exportateur de viande et de lait, la Belgique est bien évidemment auto-suffisante pour ces deux matières. Mais à quel prix ? La plus grande partie de notre territoire et une partie non négligeable du territoire d’autres pays est accaparée par la production de végétaux destinés aux élevages. Pendant ce temps, nos sols se dégradent car les méthodes agricoles pour la production de ces plantes sont plus intensives que pour la production de plantes destinées aux êtres humains.

Pour exemple, la Belgique est incapable de produire assez de blé panifiable pour fournir les boulangeries du royaume. Pourquoi cette situation ? L’explication est simple et nous a été donnée par la responsable de communication de la filière grande culture : 50 % du blé produit dans notre pays est destiné à nourrir les animaux parce que pour ce type de blé le cahier de charges est plus favorable à l’utilisation de pesticides.

Les agriculteurs, dépendants des aléas du climat, préfèrent jouer la sécurité et produire des plantes destinées aux élevages car ils peuvent utiliser plus de produits « phytosanitaires » et comme le prix de la tonne de blé panifiable est quasi le même que la tonne de blé destinée au bétail, ils optent souvent pour la sécurité. N’oublions jamais que la plupart des nuisances environnementales des élevages ont pour cause la production intensive de plantes bon marché ! Et qui dit bon marché dit agriculture intensive avec son cortège de produits chimiques et d’engrais. Une agriculture non durable qui, justement, devrait provoquer chez nos décideurs de légitimes craintes quant à la sécurité alimentaire des générations à venir.

Malheureusement, nous avons compris que nous ne pouvons plus attendre de notre ministre qu’il puisse être au rendez-vous des défis de demain.

Parce que c’est bon !

Oui la viande c’est bon, des milliers de spots publicitaires nous le rappellent quotidiennement. Fallait-il, que le ministre prenne de son temps pour nous le rappeler ? Les 10 millions d’euros de frais de fonctionnement de l’Agence wallonne pour la promotion d’une agriculture de qualité (APaqW) ne suffisent-ils pas ? Lorsque l’on sait que la plus grande part de son budget est consacrée à la promotion de produits animaux, dans un pays où les citoyens sont en situation de surconsommation, il y a de quoi s’interroger.

Par ailleurs, les belges mangent trop peu de fruits et de légumes. La dernière grande étude sur les habitudes alimentaire dans notre pays le montre clairement [32].

Ces incohérences sont criantes et montrent que la santé des consommateurs ne fait pas partie des préoccupations de Monsieur le ministre. Nous espérons qu’il défendra avec autant de conviction les maraîchers respectueux des sols, de l’eau et des consommateurs et qu’il utilisera toute sa détermination pour venir en aide à la filière Bio trop peu soutenue.

Pour finir, le 20 mars, c’était la Journée Internationale Sans Viande. Cette journée était passée plus ou moins inaperçue. Mais grâce à la touchante déclaration d’amour à la viande Bovine Wallonne de Monsieur Borsus, nous espérons que les médias feront un meilleur accueil à ces problématiques importantes.

Les propos de Monsieur le ministre de l’agriculture devraient être une source d’interrogations et de questionnements pour un grand nombre de citoyens. Nous encourageons les lecteurs de ce communiqué à découvrir notre tableau synoptique des conséquences de l’élevage intensif qui synthétise l’ensemble de ces problématiques compliquées en un visuel clair et compréhensible.

L’ASBL Végétik

L’ASBL Végétik est une association de citoyens ayant pour objectif général d’inciter la population belge à végétaliser son alimentation. Nous pensons qu’il est urgent de favoriser des aliments produits près de chez nous par une agriculture de qualité et qui fait la part belle aux fruits et légumes ainsi qu’aux céréales et aux légumineuses. Les actions de L’ASBL Végétik s’inscrivent toutes dans cette perspective. Nous sommes favorables à l’instauration d’un jour sans viande dans les cantines et les administrations. L’objectif est de montrer concrètement que la cuisine végétarienne permet de manger à sa faim tout en se faisant plaisir. Nous proposons des informations claires et objectives afin d’aider le public à prendre conscience de l’utilité de changer de modèle alimentaire.

notes :

[1] Note : quelques ajouts ont été faits par IEW, exclusivement en note de bas de page, afin d’étoffer encore cette édifiante démonstration faite par Végétik qui, il faut l’avouer, suscite des interrogations légitimes quant aux compétences du ministre Borsus en matière d’agriculture (d’élevage en tout cas) et d’alimentation tant son argumentation est dépassée et peu fondée sur de nombreux points.

[2] OMS/FAO, Diet, Nutrition and the prevention of chronic diseases, 2002

[3] Lire le rapport « livestock’s long shadow  » de la FAO et le rapport du PNUE « impacts environnementaux de la production et de la consommation : produits et matières premières »

[4] IEW : Dans la grande Etude prospective européenne sur le cancer et la nutrition (EPIC), qui suit plus d’un demi-million d’Européens dans 10 pays, pour 100 g de viande en plus chaque jour, le risque de cancer de l’estomac distal est multiplié par 3,52 ; pour 100 g de viande rouge supplémentaire, ce risque est augmenté de 73 %. Pour 100 g de viande rouge supplémentaire chaque jour, le risque de cancer colorectal est multiplié par 1,25. Source : Norat T et al. Meat, fish, and colorectal cancer risk : the European Prospective Investigation into cancer and nutrition. J Natl Cancer Inst. 2005 Jun 15 ; 97 (12) : 906-16.

[5] Dr Key,1999, publication in American Journal of Clinical Nutrition. “ Mortality in vegetarians and non vegetarians : detailed from a collaborative analysis of 5 prospective studies

[6] IEW : Voir aussi l’article La consommation européenne de viande et d’huile de palme encourage le déboisement illégal paru dans Libération, mars 2015, qui relate les résultats d’un intéressante étude hollandaise sur cette question

[7] IEW : voir aussi, pour le bilan carbone : Manger trop de viande nuit gravement au climat

[8] 9315Km = 2070 kg d’équivalent co2 par an ou 90 kg/an de méthane pour une vache laitière

[9] IEW : Voir Repenser notre agriculture et notre alimentation : la position d’IEW

[10] IEW : Même le Sillon Belge s’en inquiète !

[11] IEW : le ministre Di Antonio s’était attelé au même exercice en mars 2014, de manière un peu plus subtile, mais tout aussi inexacte. Notez la belle subvention de 500.000 euros octroyée à l’Agence wallonne pour la Promotion d’une Agriculture de Qualité (APAQ-W) et destinée exclusivement à la promotion de l’image de la viande bovine en Wallonie.

[12] OMS/FAO, Diet, Nutrition and the prevention of chronic diseases, 2002

[13] Lire le rapport « livestock’s long shadow  » de la FAO et le rapport du PNUE « impacts environnementaux de la production et de la consommation : produits et matières premières »

[14] Avis du CSS « red meat, processed red meats and the prevention of colorectal cancer  »

[15] IEW : Dans la grande Etude prospective européenne sur le cancer et la nutrition (EPIC), qui suit plus d’un demi-million d’Européens dans 10 pays, pour 100 g de viande en plus chaque jour, le risque de cancer de l’estomac distal est multiplié par 3,52 ; pour 100 g de viande rouge supplémentaire, ce risque est augmenté de 73 %. Pour 100 g de viande rouge supplémentaire chaque jour, le risque de cancer colorectal est multiplié par 1,25. Source : Norat T et al. Meat, fish, and colorectal cancer risk : the European Prospective Investigation into cancer and nutrition. J Natl Cancer Inst. 2005 Jun 15 ; 97 (12) : 906-16.

[16] Communiqué de presse du SPF économie ( 24 juillet 2014) : « La Belgique consomme moins de viande et en exporte beaucoup plus »

[17] IEW : Viande, au nom du fric

[18] IEW : voir aussi cet article de Christian REMESY Nutritionniste et directeur de recherches à l’Inra (Institut national de recherche agronomique) paru dans Libération le 16 mars 2015 :« Oui, la santé pourrait être mieux gérée en réduisant de moitié la consommation actuelle de calories d’origine animale ».

[19] Dr Key,1999, publication in American Journal of Clinical Nutrition. “ Mortality in vegetarians and non vegetarians : detailed from a collaborative analysis of 5 prospective studies

[20] Position officielle de l’Association américaine de diététique au sujet de l’alimentation végétarienne

[21] IEW : Voir aussi l’article La consommation européenne de viande et d’huile de palme encourage le déboisement illégal paru dans Libération, mars 2015, qui relate les résultats d’un intéressante étude hollandaise sur cette question

[22] IEW : voir aussi, pour le bilan carbone : Manger trop de viande nuit gravement au climat

[23] 9315Km = 2070 kg d’équivalent co2 par an ou 90 kg/an de méthane pour une vache laitière

[24] IEW : ce qui ne signifie pas qu’elle soit utilisée précautionneusement : voir La Begique est « Water-stressed »

[25] The European Nitrogen assessment Pour réduire l’utilisation des engrais azotés, les chercheurs de l’ENA préconisent un changement des habitudes alimentaires. Réduire notre consommation de protéines animales aurait un impact significatif : 80 % de l’azote utilisé en agriculture sert en effet à produire de la nourriture pour l’élevage, note l’étude. Selon Mark Sutton, du Centre d’écologie d’Edimbourg, « les solutions incluent une utilisation plus efficace des engrais minéraux et organiques (fumiers, lisiers, composts…) et des choix alimentaires visant à une consommation modérée de viande ». (ENA)

[26] Etat de l’environnement wallon

[27] IEW : ce qui semble poser de réels problèmes au Gouvernement, voir : Le conseil d’Etat annule le plan nitrate wallon

[28] IEW : Voir Repenser notre agriculture et notre alimentation : la position d’IEW

[29] Explication de ce qu’est un Blanc Bleu dans le documentaire du National Geographic « Meet the super cow  »

[30] (IEW : voir Viande industrielle et antibiotique : le scandale alimentaire qui s’annonce

[31] IEW : Même le Sillon Belge s’en inquiète !

[32] Voir le site du Plan National Nutrition Santé.

Voir aussi :
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par Alain Geerts - 9 mars 2017
Comme l’évoque Florence Burgat dans son essai L’humanité carnivore, « l’industrialisation de la viande, d’une part, et la montée en puissance d’un (...)
De nombreux défis menacent l’avenir de la sécurité alimentaire mondiale
par Fil d’infos et actualité - 1er mars 2017
L’objectif visant à éradiquer la faim d’ici à 2030 ne pourra être atteint sans de nouveaux efforts 22 février 2017, Rome - Les pressions sur les (...)
Etude sur les circuits courts : Pistes pour améliorer leur durabilité.
par Anne Thibaut - 10 octobre 2016
Oui, on peut le dire les circuits courts font l’unanimité. Le « consommons local, wallon, patriote, » est sur toutes les lèvres de nos dirigeants (...)
L’Anses passe au crible l’alimentation des enfants de moins de trois ans
par Fil d’infos et actualité - 29 septembre 2016
L’Agence publie ce jour la première photographie des expositions alimentaires à un très grand nombre de substances des enfants de moins de trois ans. (...)
Tourisme durable : une offre alimentaire locale et de qualité dans les restaurants et les hébergements ?
- 25 septembre 2016
On apprenait ce printemps que le maire de la ville de Florence, Dario Nardella, avait décidé d’imposer 70% de produits locaux (toscans) dans les (...)
Lutter contre l’obésité exige de s’attaquer à l’industrie agro-alimentaire
par Alain Geerts - 23 mai 2016
Ce 23 mai est la journée européenne de lutte contre l’obésité. Localement, c’est à dire en Wallonie, elle touche 16% de la population. L’obésité et le (...)
L’Exposition universelle de Milan ébranlera-t-elle la domination du low-cost alimentaire ?
par Alain Geerts - 1er mai 2015
Ce premier mai s’ouvre, à Milan, l’Exposition universelle dont le thème est Nourrir la Planète, Energie pour la vie. La Belgique y gère un pavillon (...)
19 OGM autorisés : la Commission donne des gages à l’industrie
par Fil d’infos et actualité - 28 avril 2015
Le 24 avril 2015, la Commission européenne a autorisé l’importation de 19 plantes génétiquement modifiées (PGM). Cette décision a été prise suite à (...)
 
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