Qui sommes-nous? Suivez-nous sur Facebook
Notre environnement - Agents chimiques - Comprendre
Transparence, protection des consommateurs et viabilité de l’industrie : un cocktail toxique ?
par Valérie Xhonneux - 9 juin 2015
A force de vouloir satisfaire tout le monde dans le dossier des perturbateurs endocriniens, la Commission Européenne s’empêtre dans des discussions sans fin. Et à l’affirmation des secteurs industriels « la protection de la santé humaine et de l’environnement constitue une de nos priorités », nous ne pouvons que répliquer « la viabilité du secteur phytopharmaceutique constitue une de nos priorités ». C’est de bonne guerre, non ?

Ce lundi avait lieu une conférence, organisée par la Commission Européenne, sur les perturbateurs endocriniens : « Criteria for identification and related impacts ». Au programme : une présentation de l’état du débat scientifique sur les critères d’identification des perturbateurs endocriniens, un état des lieux de la législation existante sur ces substances et un état d’avancement de l’étude d’impact des critères, le tout suivi par une discussion sur les impacts potentiels pour les consommateurs, l’industrie, le commerce, l’agriculture, la santé et l’environnement.

Que dire à l’issue de la réunion ? Le climat est tendu et méfiant. Les multinationales de la chimie et les pays extérieurs à l’Union Européenne font pression sur la Commission pour l’empêcher d’adopter des mesures trop exigeantes, alors même que de nombreux scientifiques spécialisés sur la question des perturbateurs endocriniens appellent à une action urgente. Le retard de deux ans pris par le dossier, dénoncé par le Corporate Europe Observatory, est une preuve difficilement contestable de l’efficacité de ces lobbies sur la Commission…

C’est lors de la présentation des impacts potentiels pour l’industrie que j’ai pu lire cette petite et traditionnelle phrase « la protection de la santé humaine et de l’environnement constitue une de nos priorités ». C’est vrai qu’en les [1] écoutant, et pour peu que l’on ne soit pas au fait de l’actualité en la matière, on pourrait presqu’être convaincus. D’abord les pesticides et les biocides permettent d’assainir notre alimentation, notre habitat… et nous préservent donc d’atteintes sanitaires. Ensuite les pesticides nous permettent de produire suffisamment d’aliments pour nourrir l’entièreté de la population - et donc d’assurer non pas la santé, mais la survie de celle-ci ! Donc, vous comprendrez aisément que des critères d’exclusion des perturbateurs endocriniens qui soient trop stricts entraîneront nécessairement des décès dus à la faim ou suite à une contamination de notre alimentation par des organismes toxiques. CQFD.

Autre argument abordé durant la journée : les impacts desdits critères d’identification des perturbateurs endocriniens sur le commerce. Pourquoi le commerce devrait-il bénéficier de plus d’attention que la santé des populations ? Comment les représentants du Canada et de l’Argentine peuvent-ils affirmer que les mesures que pourrait prendre l’Union Européenne pour protéger la santé de ses citoyens de l’effet des perturbateurs endocriniens sont à priori contraires aux règles de l’OMC ? Quitte à faire du commerce, ne pourrait-on pas soutenir des pratiques qui n’impactent pas la santé des citoyens ? Pourquoi opposer les deux ?

Rien de neuf du côté de l’industrie donc… Et rien de neuf de notre côté non plus ! Tout d’abord, il est absolument fondamental que l’étude d’impact donne priorité aux impacts sanitaires des perturbateurs endocriniens, et qu’elle s’appuie sur les estimations publiées récemment et qui montrent que les coûts de soins de santé dus à l’exposition aux perturbateurs endocriniens s’élèvent à 157 milliards d’euros par an sur le territoire de l’Union Européenne (l’étude est disponible ici : http://www.iew.be/spip.php ?article7060). Cette évaluation est, rappelons-le, probablement sous-estimée : les chercheurs ont privilégié les acquis scientifiques incontestables à l’exhaustivité des substances étudiées, il ne se sont ainsi intéressés qu’à 5% des PE en circulation ! Par ailleurs, et au vu des délais nécessaires à la finalisation de l’étude d’impact, les autorités belges doivent prendre des mesures sans tarder : l’élargissement de l’interdiction d’utilisation du BPA à l’ensemble des contenants alimentaires et la définition d’une stratégie belge visant à protéger les femmes enceintes de l’exposition aux perturbateurs endocriniens, quelle que soit leur origine (pesticides, contenants alimentaires, cosmétiques, etc.) constituent à notre sens des mesures prioritaires.

A lire également Le blog de Chem Trust

notes :

[1] FoodDrinkEurope, de l’ECPA et du Copa-Cogeca Working Party on Phytosanitary Questions etc.

Voir aussi :
MENACE SUR LE CERVEAU – Agir pour protéger les enfants des produits chimiques qui menacent le développement cérébral
par Valérie Xhonneux - 7 mars 2017
CHEM Trust publie aujourd’hui un rapport qui montre comment les produits chimiques présents dans l’alimentation et les produits de consommation (...)
Perturbateurs endocriniens : nouvel échec de Bruxelles
par Fil d’infos et actualité - 1er mars 2017
La Commission européenne renonce, pour la troisième fois, à soumettre au vote son projet de réglementation de ces produits chimiques dangereux (...)
Pollution de l’air : au-delà de la météo, agir enfin sur les causes !
par Céline Tellier - 8 décembre 2016
La Belgique subit depuis ce mardi un pic de pollution sur l’ensemble de son territoire. Inter-Environnement Wallonie tient à rappeler qu’au-delà (...)
Duel de réputation : Bayer / Monsanto
par Alain Geerts - 6 octobre 2016
« La fusion entre la firme allemande Bayer, celle qui a inventé l’aspirine, et l’américain Monsanto étonne. Si Bayer a bonne réputation, celle de (...)
Soirées : « Agir pour la santé dans l’environnement »
par Valérie Xhonneux - 4 octobre 2016
Notre santé et celle de l’environnement sont intimement liées. Nos conditions et modes de vie ont un impact sur notre environnement (pollution de (...)
Participez d’ici le 28 juillet à l’enquête publique sur les perturbateurs endocriniens
par Valérie Xhonneux - 18 juillet 2016
Le 15 juin, la Commission Européenne a présenté sa proposition de critères d’identification des perturbateurs endocriniens. Adoptés tels quels, ils ne (...)
Glyphosate : le principe de précaution jeté aux orties
par Valérie Xhonneux - 1er juillet 2016
La Commission a annoncé ce 28 juin qu’elle prolongeait pour 18 mois l’autorisation de mise sur le marché du glyphosate. Si la déception est de mise (...)
Le Ministre Borsus entendra-t-il ses parlementaires : la Belgique ne doit plus autoriser le glyphosate !
par Valérie Xhonneux - 27 juin 2016
Depuis plusieurs mois, la saga autour du glyphosate fait rage, et nous avons pu observer les passes d’armes entre les autorités européenne, fédérale (...)
Perturbateurs endocriniens : les ministres DOIVENT, ce vendredi, obliger la Commission à se conformer à la décision de la Cour de Justice !
par Valérie Xhonneux - 4 mars 2016
Ce vendredi 4 mars a lieu le Conseil des ministres de l’environnement européen. Son agenda prévoit un point de discussion sur les critères (...)
Bisphénol A : Liberté pour l’entreprise, Egalité pour les seuls Français !
par Valérie Xhonneux - 1er octobre 2015
L’interdiction française d’utilisation du BPA dans les contenants alimentaires n’a pas ravi l’industrie, on s’en doute. Mais les tentatives des lobbys (...)
 
fontsizeup fontsizedown
Participez au portail !
Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP