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Institutions - Comprendre
Santé environnementale : du pain sur la planche pour l’OMS
par Valérie Xhonneux - 25 mars 2010
En préparation à la conférence de Parme, l’OMS a réalisé une évaluation complète des progrès accomplis par les Etats membres de la région européenne par rapport à leur situation sanitaire et environnementale au cours des 20 dernières années. Accès à l’eau potable, traumatismes non intentionnels, obésité, pollution atmosphérique et substances chimiques sont autant de points abordés dans ce document de près de 140 pages. Extraits choisis.

Pollution atmosphérique

Bien que l’incidence des maladies infantiles imputables aux maladies respiratoires soit en net recul dans la plupart des pays de la région européenne de l’OMS, elle représente encore 12% de la mortalité infantile en général. L’asthme et les allergies touchent entre 5 et 25% des enfants âgés de 13 à 14 ans et sont une cause importante et en croissante constante des maladies infantiles. La pollution atmosphérique - tout particulièrement les particules fines (PM10) - exacerbe les symptômes liés à l’asthme et, d’après des études récentes, contribuerait à l’incidence de la maladie.

Des quantités importantes de particules fines sont générées par les activités humaines. Les principaux émetteurs sont les secteurs industriel, résidentiel et des transports. Elles peuvent voyager sur de longues distances, manifestant dès lors leurs impacts fort loin de leur source.

Les jeunes enfants, y compris le fœtus, sont particulièrement sensibles aux polluants atmosphériques. L’exposition à long terme aux particules fines est associée tant à des risques d’effets chroniques sur la santé des enfants (altération du développement de la fonction respiratoire) qu’à une augmentation de la fréquence d’effets aigus (aggravation de l’asthme notamment). Les adultes sont également touchés : hospitalisations et mortalité en sont les tristes manifestations, tout comme la réduction de l’espérance de vie en cas d’exposition chronique aux PM 2,5, qui atteint 13 mois en Belgique, contre 3 en Finlande !

Figure : morts prématurées attribuables aux PM 2,5 en 2005

Aucun élément n’indique à l’heure actuelle qu’il existe une valeur limite d’exposition aux PM en-dessous de laquelle aucun effet négatif sur la santé ne se manifeste. Il faut donc agir. Or si une réduction substantielle de la pollution de l’air extérieur a été atteinte dans les années 90, seuls des progrès minimes ont été relevé au cours de la dernière décennie : plus de 92% de la population urbaine pour laquelle des données sont disponibles vivent dans des villes où les concentrations en PM10 dépassent les valeurs prescrites dans le guide de l’OMS pour la qualité de l’air.

Les résultats obtenus sur le dioxyde de soufre par le passé montrent qu’il est possible de faire mieux, non seulement pour les particules, mais également le dioxyde d’azote et l’ozone. Une réduction significative des particules fines à environ 50% de leur niveau actuel pourrait être obtenue si toutes les réductions d’émissions techniquement disponibles étaient implémentées.

Les substances chimiques

L’eau, l’air, la nourriture et les produits de consommation courante sont autant de sources d’exposition à des substances chimiques potentiellement dangereuses pour notre santé. La vulnérabilité des enfants, du fait de leurs comportements à risque et du non achèvement de leur développement, impose que des mesures soient prises pour limiter cette exposition, et ce, d’autant plus que les effets peuvent se manifester à long terme et être irréversibles.

L’industrialisation, l’urbanisation et l’agriculture intensive, mais aussi la surconsommation et contribuent à notre exposition aux substances chimiques. Au niveau de la sécurité alimentaire, les résidus de pesticides, les métaux lourds, les polluants organiques persistants (POPs), les additifs, les contaminants issus des contenants alimentaires et, plus largement, les excès en sel, sucre et graisse sont autant de problèmes à prendre en compte.

Les POPs restent très préoccupants malgré le bannissement de substance comme le DDT et des biphényles polychlorés (PCBs). En effet, leur volatilité, leur persistance dans l’environnement et leur caractère bioaccumulable entrainent aujourd’hui encore la contamination de régions souvent fort éloignées des lieux d’émissions et on les détecte en quantités importantes dans les tissus des animaux situés au sommet de la chaine alimentaire. Parmi ces POPs, les dioxines polychlorées et les « dioxines like » ont une marge de sécurité la très faible et sont les plus susceptibles de causer des dommages à la santé, des effets sur le développement apparaissant à des niveaux de contamination assez bas.

Les données les plus systématiques de contamination humaine ont été obtenues par le suivi des teneurs en POPs du lait humain, indicateur tant du risque durant la grossesse que de l’exposition durant l’allaitement. Dans toutes les régions suivies, les niveaux de contamination ont décru depuis les premières mesures.

Tableau : niveau de contamination du lait humain par les dioxines dans différents pays, 1988-2007

Mais d’autres molécules inquiètent de plus en plus, tels les PBDEs, qu’on retrouve dans certains plastiques et textiles et dont certains congénères ont été interdits par la Commission européenne en 2004. Les PFAs (perfluorinated alkyl compounds), présent notamment dans les imperméabilisants, sont hautement persistants et s’accumulent dans les tissus des organismes vivants.

Le bruit

Le bruit est la troisième source de maladies environnementales, après la pollution de l’air et le tabagisme passif et est perçu comme le facteur de stress le plus fréquent : un quart de la population des pays de l’Union Européenne est exposé à des niveaux sonores entrainant tout un ensemble d’effets sanitaires. Ainsi, alors qu’il est avéré que les bruits nocturnes perturbent le sommeil et empêchent une bonne récupération, une personne sur cinq vivant dans des villes de plus de 250.000 habitants est exposée durant la nuit à des bruit supérieurs à 55dB. A ces niveaux, des effets nocifs pour la santé apparaissent et une grande partie de la population est fortement gênée et souffre de perturbations du sommeil. De plus on a montré que de hauts niveaux d’exposition augmentent le risque de maladies cardiovasculaires .

Si des politiques « anti-bruit » ont été mises en place dans de nombreux états membres, elles restent insuffisantes pour s’attaquer efficacement aux impacts sanitaires de cette pollution. Le rapport de Justice and environnement « Make some noise » a ainsi mis en évidence l’insuffisance d’application des obligations liées à la directive 2002/49/CE dans plusieurs pays européens. En région wallonne, si les cartographies ont été réalisées, les plans d’actions font toujours défaut. Un état des lieux des sources et impacts sanitaires du bruit lié aux transports routier, aérien et ferroviaire est en cours de préparation par IEW. Il proposera des pistes d’action. Nous ne manquerons pas de vous avertir de sa publication sur notre site sante-environnement.be

Inégalités sociales et sexospécifiques

L’évaluation de l’OMS s’achève sur un constat : dans la plupart des pays, peu d’attention est portée aux besoins spéciaux des groupes vulnérables. Les inégalités sociales ou les questions sexospéficiques sont relativement peu abordées dans les processus politiques et décisionnels pertinents pour l’environnement et la santé des enfants, ce qui peut aggraver les inégalités sociales et matière d’exposition et de risques sanitaires connexes.

Le document « Les inégalités sociales et sexospécifiques en matière d’environnement et de santé » , publié tout récemment, propose plusieurs pistes d’actions pour résoudre les problèmes d’inégalités, qui découlent tant des différences de revenu, de niveau d’éducation, d’âge que du sexe. La promotion d’environnements sains pour tous constitue la première de ces solutions, combinée à des actions à courts termes de communication à destination des publics précarisés, plus sensibles aux impacts de l’environnement sur la santé.

Assez de paroles, passons aux actes

« Paroles, paroles, paroles », tel est l’avis général des ONG d’environnement et de santé à la lecture du texte final de la conférence de Parme. Comme nous vous le relations dans cet article, il est temps de cesser de parler pour laisser la place à l’action. L’absence d’amélioration significative de la situation dans plusieurs dossiers impose aux décideurs de prendre des mesures fortes, visant à réduire de manière significative notre exposition quotidienne aux polluants. Si les impacts sanitaires des changements climatiques et les substances chimiques de type « perturbateurs endocriniens » sont identifiés comme des enjeux majeurs de la santé et de l’environnement, limiter l’ampleur des premiers et trouver des alternatives saines aux seconds constitue une priorité incontournable des travaux à venir.

Crédit photographique : © Dani Simmonds - Fotolia.com

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