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De la mine au GSM, les six étapes édifiantes du Coltan
par Alain Geerts - 10 février 2011
Les conditions environnementales, sociales et éthiques de l’extraction du Coltan, minerai au coeur de la technologie des téléphones mobiles ont été maintes fois dénoncées... sans grand écho. ARTE a diffusé ce mardi 8 février un documentaire allemand de Frank Poulsen intitulé « Blood in the Mobile » se penchant sur les modalités et les enjeux de cette exploitation en République Démocratique du Congo. Il nous donne à voir une situation qui devrait nous conduire à renoncer à notre GSM... ou à tout le moins à y réfléchir à trois fois avant d’en changer sans obligation. Nous reproduisons ci-dessous le texte explicatif qu’ARTE a publié sur son site en complément du documentaire. Sans la force des images, le constat reste tout aussi édifiant.

Etape 1 : les mines

Le périple d’un minerai issu des zones de conflit commence dans l’une des nombreuses mines de l’est du Congo. 13 mines principales ont été localisées. En tout, la région en compterait environ 200. Géologues et entrepreneurs pensent que le sous-sol regorge de richesses inexploitées mais des décennies de guerre ont rendu tout sondage systématique impossible. 12 des 13 principales mines localisées à l’est du Congo sont actuellement contrôlées par des groupes armés. Certaines mines sont sous la coupe des Forces démocratiques de libération du Rwanda, une milice rwandaise dirigée par les instigateurs du génocide de 1994. D’autres mines dépendent de l’armée congolaise qui s’en sert pour son enrichissement. Il s’agit là d’un cas flagrant de violation du code minier congolais qui interdit la présence de l’armée sur les exploitations. Les soldats sont le plus souvent d’anciens miliciens qui viennent d’intégrer l’armée. Ils se livrent à une « taxation » illégale des mineurs et à de nombreux abus auprès de la population, surtout auprès des femmes et des jeunes filles. Par ailleurs, ils versent des salaires dérisoires aux ouvriers. On suppose que les groupes armés ainsi que les militaires contrôlent la moitié des 200 mines de l’est du Congo. Le salaire moyen d’un mineur est compris entre 1 et 5 dollars par jour. Dans les mines, d’innombrables enfants âgés de 10 à 16 ans travaillent et sont donc privés de scolarisation.

Etape 2 : les comptoirs d’achat

Les minerais sont ensuite transportés vers des villes d’où ils rejoignent les deux principales agglomérations commerçantes de la région, Bukavu et Goma. Les minerais sont alors répartis entre des « comptoirs d’achat » qui procèdent à leur tri. La majorité de ces intermédiaires sont payés à l’avance par les exportateurs auxquels ils vendent les minerais. La plupart des transporteurs et des comptoirs d’achat opèrent en violation du code minier congolais : ils ne sont pas enregistrés et ne disposent pas de licence. Le problème réside en partie dans le fait que le gouvernement demande 500 dollars par licence, un prix des plus prohibitifs. A Bukavu, seul un transporteur sur dix est officiellement enregistré auprès des autorités, les autres opérant donc dans la plus parfaite illégalité. Il y existe une centaine de négociants à Bukavu et à Goma. Il n’est pas très difficile de retracer l’origine d’un minerai car chaque sac livré à un comptoir d’achat se distingue par une couleur et une texture précises, en fonction de la mine dont il provient. Appliquer des critères de transparence à ce commerce pourrait s’avérer dangereux. Les groupes armés contrôlent presque l’intégralité de l’acheminement qui va de la mine au comptoir d’achat. Quand ils ne se chargent pas eux-mêmes du transport des minerais, ils perçoivent un large pourcentage de la part des transporteurs (jusqu’à 40 dollars par sac). On estime que le transport des minerais leur aurait rapporté environ 75 millions de dollars l’an passé, sur un total de 180 millions de dollars que récoltent ces groupes armés avec le commerce des minerais.

Etape 3 : les exportateurs

Les entreprises d’exportation achètent ensuite les minerais aux comptoirs d’achat et aux transporteurs pour les transformer et les revendre aux acheteurs étrangers. Ces compagnies doivent être enregistrées auprès du gouvernement : on compte actuellement 17 exportateurs basés à Bukavu et 24 à Goma. Alors que les exportateurs assurent une rentrée financière à leurs fournisseurs, la plupart d’entres eux sont payés à l’avance par des acheteurs internationaux de Belgique, de Malaisie ou d’autres pays étrangers. En 2008, les Nations Unies ont demandé à des experts d’établir un lien entre les ressources naturelles et le conflit à l’est du Congo. Ces derniers ont identifié plusieurs grands exportateurs achetant de grandes quantités de minerais issus des exploitations contrôlées par les FDLR ou d’autres groupes armés. Même si les syndicats d’exportateurs du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ont rejeté ces accusations, affirmant se procurer leurs minerais uniquement par des circuits légaux, de nombreuses failles font que les minerais provenant de zones de conflits parviennent encore à intégrer la chaîne d’approvisionnement à ce stade. A l’heure actuelle, les exportateurs se contentent d’une garantie verbale pour éviter d’acheter des minerais des zones de conflit. Ils demandent simplement : « Vous avez eu ça d’une région en conflit ? ». Il suffit que le vendeur réponde par la négative, sans fournir aucune preuve quant à l’origine du minerai, pour que l’acheteur finalise sa transaction.

Etape 4 : les pays de transit

Les exportateurs envoient alors les minerais par voie terrestre, maritime ou aérienne vers les pays voisins – Rwanda, Ouganda et Burundi. Certains minerais passent par le circuit légal – le gouvernement congolais perçoit alors une taxe. Mais d’autres sortent illégalement du pays dont les frontières sont très perméables. Dans les deux cas de figure, les minerais des zones de conflit constituent la majeure partie de ce commerce. De nombreuses irrégularités dans les statistiques tenues par les pays voisins attestent de l’ampleur du trafic : des minerais originaires du Congo sont estampillés comme provenant de l’Ouganda, du Rwanda ou du Burundi. Ainsi, le Rwanda produit pour 8 millions de dollars de minerai d’étain mais en exporte officiellement pour 30 millions. Les vendeurs congolais, indépendants ou mandatés par des sociétés d’export, travaillent avec les comptoirs d’achat et des négociants au Rwanda, en Ouganda et au Burundi. En Ouganda et au Burundi, ces négoces ne sont pas recensés. Au Rwanda, des maisons d’achat mélangent les minerais congolais à la production locale. Dans chacun des trois pays, il est rare que les propriétaires de ces sociétés posent des questions quant à l’origine des minerais. En Ouganda et au Burundi, les négociants travaillent en étroite collaboration avec la hiérarchie des services de sécurité – l’armée et la police – ce qui protège leurs investissements. Les gradés perçoivent des commissions et se servent de leurs relations pour que le commerce ne soit pas inquiété. Ce climat répressif et des menaces bien réelles suffisent à dissuader ceux qui seraient prêts à parler. Certains négociants ont été répertoriés par les Nations Unies sur une liste relative au trafic des minerais issus des zones de conflit, ils travaillent donc dans l’ombre pour éviter de s’exposer à de nouvelles sanctions. En soi, il n’y a rien de mal à ce que les pays voisins du Congo importent ces minerais. Pourtant, si l’on se réfère au passé de ces gouvernements et à leur implication directe dans le commerce illégal de minerais, l’étroite imbrication entre les autorités gouvernementales et ce commerce, sans oublier le rôle décisif de l’armée, le manque constant de transparence et d’enquêtes en amont, invitent à apporter une vigilance toute particulière à cette étape de la chaîne. Il faut que ces pays fassent en sorte que des pièces authentifiables accompagnent les minerais, retraçant la chaîne de contrôle et garantissant qu’ils ne proviennent pas de zones de conflit et que les autorités congolaises ont bien perçu une taxe légale. De plus, ces gouvernements devraient poursuivre les trafiquants. Le gouvernement rwandais a récemment lancé un programme pour garantir l’origine d’une partie de la production de minerais du pays. C’est un bon début et il convient d’encourager une application systématique de cette politique à toute l’industrie rwandaise du minerai ainsi qu’à celle de ses pays voisins.

Etape 5 : les raffineurs

Pour être vendus sur le marché international, les minerais doivent être transformés en métaux par des entreprises spécialisées. Principalement basées en Extrême-Orient, elles procèdent à leur fusion ou à leur alliage avec des métaux issus d’autres pays dans de grands fourneaux. Pour ce qui est de la cassitérite (étain), le minerai congolais le plus lucratif issu des zones de conflit, 10 grandes compagnies, presque toutes basées en Extrême-Orient, transforment 80 % de la production mondiale d’étain. En matière de traçabilité, les raffineurs constituent le maillon faible de la chaîne d’approvisionnement. Une fois le minerai transformé en métal, impossible de distinguer si l’étain ou le tantale viennent du Congo où d’un autre pays. Or, à cette étape de la chaîne d’obtention du métal, des minerais du monde entier sont mélangés. Il est donc indispensable que les entreprises concernées prennent le soin d’établir l’origine de leurs approvisionnements et qu’elles les soumettent à des procédures d’audit indépendantes.

Etape 6 : les constructeurs électroniques

Au bout du compte, les raffineurs vendent les minerais du Congo aux sociétés spécialisées dans l’électronique. Le secteur de l’électronique est le seul et unique débouché des minerais de l’est du Congo. Les métaux passent encore à travers quelques étapes intermédiaires – d’abord entre les mains de fabricants de circuits imprimés et de microprocesseurs qui les vendent aux fabricants de téléphone mobiles et autres appareils électroniques, pour finalement arriver au stade des grandes compagnies mondiales comme Nokia, Intel, Apple, Hewlett Packard, Nintendo, etc. Ce sont ces compagnies qui font les produits que nous connaissons tous et ne manquons pas d’acheter – téléphones portables, baladeurs mp3, jeux vidéos, ordinateurs portables. Et comme ces entreprises n’ont pas mis en place un système pour établir la traçabilité, vérifier et certifier l’origine de leurs matériaux, il se pourrait bien que tous nos téléphones mobiles et ordinateurs portables contiennent des minerais provenant des zones de conflit du Congo.

(Source : Raise Hope for Congo)

Pour consulter la page d’ARTE consacré au sujet,

cliquez ici.

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