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Notre santé - Cancers - Comprendre
De l’importance de la prévention primaire des cancers
par Valérie Xhonneux - 24 mars 2011
L’académie de médecine française vient de se pencher sur la question du coût des molécules anti-cancer. Les conclusions du groupe de travail « Informations sur la prescription des molécules onéreuses en cancérologie » viennent d’être publiées et peuvent interpeller. L’OMS vient par ailleurs de réaliser un travail de prioritisation des facteurs de risques cancérigènes, qu’ils soient environnementaux ou occupationnels.

A la lecture d’un article du Figaro, on est en droit de se poser des questions sur l’approche de l’Académie de médecine française. Le journal commence en effet son article par la phrase « Quel est le prix acceptable pour prolonger de plusieurs mois la vie d’un malade atteint d’un cancer avec des métastases ? ». La formulation de la question semble pour le moins inappropriée... Mais un passage sur le site même de l’académie de médecine permet de recontextualiser ces réflexions... et de comprendre leurs origines.

Premier constat : il existe de plus en plus de molécules dites ciblées - qui ne peuvent fonctionner que si des conditions biomoléculaires bien spécifiques sont rencontrées, comme par exemple la sur-expression d’un gène particulier. Ces molécules sont souvent testées lorsque le cancer a métastasié et apportent des bénéfices variables, mais souvent positifs. Le principal indicateur est bien entendu l’augmentation de l’espérance de vie, limitée à un mois dans certains cas, mais pouvant aller bien au-delà dans d’autres.

Second constat : ces molécules sont coûteuses. Un article de Peter Singer paru dans le New-York Times du 15 juillet 2009 a posé le problème en se demandant à partir d’un exemple concret s’il était éthique de dépenser $ 54 000 pour allonger une espérance de vie de quelques mois. Un article paru dans le Journal of National Cancer Institute (JNCI) a d’autre part souligné que pour prolonger de 12 mois la vie des 550.000 Américains qui décèdent du cancer tous les ans, il faudrait dépenser 440 milliards de dollars par an. Dix-huit semaines de traitement avec une molécule ciblée comme le cetuximab coûtent en moyenne 80 000 dollars et améliorent la survie médiane de 1,2 mois.

Troisième constat : « la France est parmi les pays qui consacrent le pourcentage le plus important de ses dépenses de santé au cancer (6,6%), (ce pourcentage est, 2% en l’Allemagne, de 6,4% Suède, de 5,6% aux Pays Bas et au R.U). Pour traiter les cancers la France dépense 205 € par habitant et par an, comparé à la Suède où cette dépense est de 207 €, en Allemagne de 216 €, en Norvège de 269 €, aux Pays bas de 170 €, et au RU de 132 €. Une augmentation de ces dépenses est attendue : la Suède, qui dépensait 2,5 milliards de couronnes suédoises en 2007, prévoit que cette dépense atteindra 4,8 milliards en 2020. »

D’où les conclusions de l’académie de médecine : la prescription des molécules onéreuses implique un effort très important de la collectivité en faveur d’un malade. Cet effort a un résultat inévitable : réduire les moyens financiers disponibles pour d’autres usages, comme la prévention et la recherche. Sur ce dernier point, on ne peut qu’être d’accord avec l’académie : la priorité doit être accordée à la prévention primaire, soit la réduction de l’exposition aux facteurs de risques.

Ce sont là les mêmes conclusions que celles définies récemment par l’OMS dans son « Serment d’Asturias » : 19% des cancers dans le monde sont attribuables aux facteurs environnementaux - comme les substances chimiques, les radiations et les particules présentes dans l’air - (en y incluant l’environnement professionnel), entrainant 1.3 million de morts chaque année. Ces cancers pourraient être prévenus et réduits par des adaptations des législations nationales et internationales permettant de limiter l’exposition involontaire des gens à ces substances.

Ce serment appelle donc :
- les gouvernements à inclure des mesures de prévention à part entière dans leur programme national de lutte contre le cancer, et de veiller au respect des standards nationaux et internationaux spécifiques aux facteurs cancérigènes ;
- l’OMS à mener un effort global de mise en évidence de l’importance de la prévention primaire des cancers, à évaluer l’impact des interventions sur les facteurs environnementaux et occupationnels sur la prévention et de développer des guides d’implémentation de ces mesures
- les réseaux de la société civile à attirer l’attention sur les pratiques et processus qui augmentent les risques de cancers, éduquer et plaider pour des financements permettant de mettre en oeuvre la prévention primaire
- l’industrie et le secteur privé à soutenir et mettre en oeuvre les mesures visant à atténuer les risques pour les travailleurs et d’éliminer ou à tout le moins de réduire l’exposition de ces derniers à des facteurs cancérigènes.

Le texte complet est disponible ici

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