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Vie active - Transports - Comprendre
La pollution des grandes villes françaises coûte cher en vies et en argent public
- 15 septembre 2012
« Ce que montre cette étude, commente l’un de ces auteurs, c’est que si l’on agit, on peut avoir des bénéfices très significatifs »

Un article par sur le site du journal LE MONDE | 11.09.2012 Auteure Sophie Landrin

La pollution atmosphérique tue : l’Institut de veille sanitaire (InVS) tire la sonnette d’alarme dans une étude publiée, lundi 10 septembre, sur neuf villes françaises. Les conséquences sanitaires et financières de la pollution y apparaissent « tout à fait substantielles ». L’institut, après avoir étudié en 2011 la situation de 25 villes européennes met ici l’accent sur l’état de l’air à Paris, Bordeaux, Lyon, Lille, Le Havre, Marseille, Rouen, Strasbourg et Toulouse. L’étude (Aphekom) porte sur l’impact sur la santé à court et long terme de la pollution atmosphérique, en particulier des particules fines (PM 10), et très fines (PM 2,5) en suspension dans l’air, très dangereuses, car pénétrant profondément dans l’organisme. Ces microparticules générées par les gaz d’échappement des véhicules, notamment les moteurs diesel, l’activité industrielle ou les systèmes de chauffage affectent les voies respiratoires et le coeur. Les zones étudiées par les scientifiques concernent 12 millions de citadins français, dont 6,5 millions pour Paris et ses alentours.

Le premier constat est accablant : aucune des villes françaises ne respecte les seuils de pollution admis par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à savoir 10 microgrammes par m3 de PM 2,5. Marseille apparaît comme la ville française dont l’air est le plus pollué aux particules fines, suivi de Strasbourg, Lille, Lyon. Paris n’apparaît qu’en cinquième position, devant Bordeaux, Rouen, Le Havre et Toulouse.

91 000 ANNÉES DE VIE

L’InVS tente de délivrer un message positif en calculant les gains que produirait une politique de lutte contre la pollution. Les chercheurs estiment que le respect des normes annuelles européennes de pollution, concernant les particules plus fines (PM 2,5) donnerait à un Toulousain de 30 ans un gain moyen d’espérance de vie de 3,6 mois. Pour un Marseillais, le gain serait de 7,5 mois. Pour un Parisien de 5,8 mois.

Dans les neuf villes françaises, le gain annuel total représenterait 91 000 années de vie. Ce que les experts traduisent aussi par 8 milliards d’euros d’économies annuelles pour la collectivité. Concernant les PM 10, une diminution moyenne annuelle à la valeur recommandée par l’OMS (20 ug m3) aurait conduit à éviter 360 hospitalisations pour cause cardiaque, et 673 hospitalisations respiratoires, soit un bénéfice de 3,9 millions d’euros par an. Enfin, le respect de la valeur de l’OMS concernant l’ozone permettrait de différer 69 décès, 62 hospitalisations respiratoires par an et un bénéfice de 6,2 millions d’euros annuel. Sur le plan économique, les élus et le gouvernement auraient donc tout intérêt à mettre en place une législation rigoureuse.

« Ce que montre cette étude, commente l’un de ces auteurs, l’épidémiologiste Sylvia Medina, c’est que si l’on agit, on peut avoir des bénéfices très significatifs. En France, nous pourrions différer 3 000 décès annuels. Par ailleurs, l’étude démontre que la pollution est directement la cause de l’asthme chez l’enfant et de maladies cardio-vasculaires chez l’adulte. La pollution n’est pas seulement un élément aggravant comme on aurait pu le croire, mais elle est à l’origine de certaines pathologies. »

STOCKHOLM SEULE VILLE EUROPÉENNE EN DESSOUS DES SEUILS

Chez l’enfant, 15 à 30 % des crises d’asthme et, chez l’adulte, l’aggravation des maladies coronariennes des plus de 65 ans peuvent, selon l’étude, être directement causées par la pollution de l’air. Le rapport précise que les calculs avancés sont des scénarios a minima.

La France pourra faire valoir qu’au niveau européen, sur les 25 villes étudiées, seule Stockholm, la capitale suédoise, réussit à se situer en dessous des seuils préconisés. Il est vrai aussi que l’étude porte sur des constats relevés entre 2 004 et 2 006, mais les données ont peu changé, car, depuis, aucune politique significative n’a été mise en place en France. Le pays, qui dispose d’un des parcs automobiles les plus diélisés au monde, accuse un sérieux retard dans la lutte contre la pollution de l’air. En mai 2011, la Commission européenne l’a renvoyé devant la Cour de justice européenne pour non-respect des valeurs limites relatives aux particules fines dans 16 zones ou agglomérations.

Pour donner des gages à Bruxelles, le gouvernement de François Fillon avait annoncé l’expérimentation de zones d’action prioritaires pour l’air (Zapa), visant à limiter l’accès aux grandes agglomérations des véhicules les plus polluants. Mais les villes candidates ont pour le moment renoncé, notamment en raison du caractère socialement discriminatoire d’une telle mesure. Les villes ont estimé que les habitants les plus pauvres, ceux qui roulent dans les véhicules anciens et polluants, se verraient pénalisés et interdire l’accès des métropoles, alors que les riches utilisateurs de 4 × 4 ne seraient pas concernés. En Europe, 169 zones, notamment en Allemagne, existent déjà. Des villes comme Londres ont expérimenté d’autres pistes, comme l’instauration du péage urbain. Avec des résultats significatifs : parmi les 25 villes européennes étudiées, la capitale anglaise apparaît à la quatrième place des villes les moins polluées. La pollution de l’air dans les grandes villes n’est pas une fatalité.

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