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Bisphénol A : STOP ! La Belgique doit aller plus loin
par Alain Geerts - 11 avril 2013
Le Bisphénol A est revenu au devant de l’actualité en matière de santé suite à la publication d’un nouveau rapport de l’Agence nationale (française) de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Un « rapport courageux », selon André Cicolella, toxicologue fondateur du Réseau environnement santé (RES). Ce scientifique, qui a lancé l’alerte sur le BPA dès 2009, estime qu’il « révolutionne l’expertise institutionnelle en dépit des pressions qui ont pu s’exercer sur l’Anses ». Rapport qui va par ailleurs entièrement dans le sens de ce que nous soulignions depuis plus de 3 ans. Eléments de synthèse et un point sur la situation en Belgique... qui doit évoluer.

Un rapport courageux

Rarement – jamais peut-être – une agence de sécurité sanitaire aura rendu des conclusions aussi alarmantes sur un polluant à ce point omniprésent dans notre environnement quotidien. Au terme d’un travail de longue haleine ayant rassemblé les contributions d’une centaine de scientifiques, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a rendu public, mardi 9 avril, un avis sur le bisphénol A (BPA) singulièrement inquiétant pour les générations à venir (lemonde.fr). Il s’agit plus précisément de trois avis que vous trouverez ici, ici et ici.

Tout le monde concerné, et prioritairement les femmes enceintes (et leur foetus)

Ce rapport « va beaucoup plus loin », précise Gérard Lasfargues, directeur général adjoint scientifique de l’Anses : « Le travail considérable réalisé pour documenter les différentes sources d’exposition au BPA nous permet de confirmer qu’il faut réduire l’exposition de la population, mais aussi d’affirmer que la voie principale de contamination est l’alimentation et que les risques concernent en priorité l’enfant à naître des femmes exposées durant leur grossesse. »

Tout est dit dans ce résumé : le problème concerne potentiellement l’ensemble de la population, et est particulièrement critique pour les femmes enceintes qui contamineraient leur(s) foetus.

Rapport bienvenu pour au moins deux raisons :
- il émane d’une autorité sanitaire, lesquelles sont, de nombreux exemples le montrent (oui ici), soumises à de fortes pressions tant politiques que de la part du monde industriel et économique ; les constats sont donc plus qu’avérés et les recommandations plus qu’à suivre ;
- il fait une synthèse bienvenue de nombreuses recherches dont on publie les résultats, mais qui souffrent d’être isolées et donc moins « percutantes » (ce qui est d’ailleurs à regretter). Rien que sur ce portail sante-environnement.be nous avons, en 2012, mis en évidence : Le rôle du bisphénol A confirmé dans l’épidémie mondiale de diabète - d’où l’importance de son interdiction du fait de sa nocivité pour l’ensemble de la population et Le lien bisphénol A et cancer du sein confirmé chez les primates - ce qui a encouragé à approfondir les recherche chez l’homme, travail qui a confirmé le lien.

Les lignes de force du rapport

Les principales caractéristiques de ce rapport sont, selon le RES :
- revue systématique de la littérature au lieu de ne considérer que les études issues de l’industrie (répondant aux bonnes pratiques de laboratoire) ;
- reconnaissance du paradigme toxicologique spécifique à la perturbation endocrinienne, dont priorité accordée à la protection du fœtus ;
- poids accordé à la démarche d’identification-évaluation des dangers et reconnaissance des limites de l’évaluation des risques ;
- par conséquent, interprétation des incertitudes scientifiques en faveur d’une approche de précaution plutôt que de l’inaction et du statu-quo réglementaire.

L’évaluation des risques du BPA conduite par l’ANSES se penche sur 4 familles de pathologies : effets sur le développement cérébral, effets sur la glande mammaire, effets sur le système reproducteur femelle et effets sur le métabolisme et l’obésité. L’étude de la littérature, arrêtée en janvier 2011, n’a pas permis la prise en compte de travaux plus récents (...). Néanmoins, le rapport de l’ANSES aboutit au calcul de valeurs toxicologiques de référence entre 5 000 et 20 000 fois inférieures à la DJA toujours défendue par l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments) – des valeurs tellement faibles qu’elles ne peuvent être atteintes que par une interdiction progressive des usages du bisphénol A. Pour André Cicolella, président du RES, « ce nouveau rapport constitue un clair désaveu de l’EFSA tant dans son maintien d’une DJA qui n’assure pas la sécurité des consommateurs que dans son obstination à ignorer la science moderne propre à la perturbation endocrinienne ».

Pour avoir un résumé vulgarisé et intéressant tout en étant relativement exhaustif (tout en restant bref) du rapport qui vient de sortir, je vous renvois à cet article de Liberation : Bisphénol A, substance tout risque.

Vous pouvez également consulter la veille internet de RES.

Où en sommes-nous en Belgique ?

Début 2012, le sénat a voté une proposition de loi interdisant l’utilisation du bisphénol A dans les contenants alimentaires pour enfants de 0 à 3 ans, et ce à partir de 2013. Mais outre l’amoindrissement du texte initial, la discussion sénatoriale avait aussi été l’occasion de rejeter une proposition de résolution promouvant une approche globale de la problématique des perturbateurs endocriniens. Ne manquez pas le compte-rendu des discussions sur le sujet qui vous éclairera sur la manière dont cette problématique est abordée chez nous.

La Commission Santé publique, Environnement et Renouveau de la société de la Chambre a adopté dans la foulée, cette même proposition de loi.

La Chambre ne s’est pas montrée plus téméraire. La Belgique attend l’Europe.

Pour rappel, la proposition initiale portait sur la suppression dans tous les contenants alimentaires, et la « réduction » aux seuls contenants alimentaires pour les enfants de 0 à 3 ans fut prise sur base d’arguments que l’on peut résumer comme suit :
- d’une part, la littérature scientifique et les nombreuses études internationales sur la toxicité du BPA ont conclu « qu’il n’y avait pas de preuves qui permettent de considérer le BPA nocif pour les enfants de plus de 3 ans et pour les adultes car ceux-ci pourraient le tolérer sans risque probant pour leur santé » ;
- d’autre part, sans toxicité avérée, il semblait, surtout en période de crise, inadéquat de bouleverser le secteur alimentaire belge.

Le premier point est aujourd’hui sérieusement mis à mal... et donc aussi le second !

La limitation d’interdiction ne se justifie pas et génère, pour toute femme soucieuse de sa santé et de la santé de sa progéniture, une charge et une responsabilité non négligeable : elle va en effet devoir, avant même le début de sa grossesse et jusqu’à la fin de l’allaitement faire attention à ne consommer aucun aliment ayant été en contact avec du BPA - à condition qu’elle puisse avoir accès à cette information ! - tout en veillant, lors de la diversification de l’alimentation de l’enfant, à faire de même. Pour une majorité de femmes cela va représenter une difficulté pendant 5 à 10 ans ! Tout cela pour protéger les bénéfices des entreprises du secteur alimentaire...

Le travail de l’Anses aura-t-il l’effet d’un « accélérateur de décision » ?

Dans la pratique : où en trouver pour l’éviter ? Un article qui dresse une bonne liste des « endroits » où l’on trouve du Bisphénol A et qui conseille des alternatives.

Voir aussi :
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