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L’essai « BPA » de l’Europe sera-t-il transformé ?
par Valérie Xhonneux - 17 février 2010

Alors que les USA font marche arrière et renoncent à mieux encadrer le bisphénol A (BPA) au travers d’une législation plus stricte, les travaux européens progressent. L’EFSA devrait publier d’ici le mois de mai son évaluation finale...

Au terme des nombreuses recherches qui lui sont consacrées, le BPA s’avère menaçant pour notre santé. Ainsi, parmi tant d’autres, une étude récemment publiée démontre qu’une exposition à de très faibles niveaux de BPA - des niveaux comparables à ceux détectés dans le sang de femmes enceintes - est dommageable pour les cellules de placenta humain. Une seconde étude, publiée au mois de janvier 2010, montre que les personnes ayant des niveaux de contamination élevés présentent un risque de développer des maladies cardiaques majoré de 30%. Enfin, cette dernière étude a mis en évidence unediminution de la fertilité masculine lors de l’exposition de rats à des doses de 1.2 et 2.4 µg/kg de BPA durant la grossesse et l’allaitement, avec une persistance potentielle de cet effet sur trois générations !

Face à ces constats, les autorités américaines avaient annoncé une série de mesures visant à mieux contrôler les substances chimiques. L’agence de protection de l’environnement (EPA) américaine avait ainsi annoncé l’élaboration d’une liste de substances qui devraient être encadrées de manière plus stricte, dont le BPA. Or lors de sa publication le BPA n’y figurait pas ! Le lobbying de l’American Chemicals Council semble bien avoir porté ses fruits, comme le montre le compte-rendu de la réunion. Minimiser les dangers du BPA - par le biais d’études financées par l’industrie - et arguer des pertes financières en cas de législation plus stricte a permis à l’industrie de reporter pour quelque temps les bonnes intentions de l’EPA.

La dynamique européenne semble être sur une meilleure voie. L’analyse de risque européenne du BPA réalisée en 2003 vient d’être mise à jour. Cette actualisation, réalisée par la Grande-Bretagne, indique que des informations manquent pour les milieux aquatiques et que des mesures supplémentaires de réduction du risque pour les milieux aérien et terrestre ne sont pas nécessaires. Ce document de près de 700 pages risque de peser lourd dans les décisions futures de la Commission européenne quant au sort du BPA. En France, l’expertise collective commandée à l’INSERM et les résultats de l’étude de l’Afssa devraient être obtenus dans quelques semaines.

Par ailleurs, l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a invité un groupe d’experts internationaux pour un sommet visant à finaliser la position de cette institution face au BPA. Pour rappel, l’EFSA considère à l’heure actuelle que la dose journalière acceptable de BPA est de 0.05 mg (ou 5 µg/kg). Des impacts ayant été observés à des doses deux fois moins importantes, on est en droit de s’interroger sur le niveau de protection de la santé humaine qu’elle peut assurer.

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