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Russie : la canicule enflamme les particules
- 12 août 2010

Les dégâts liés aux incendies qui ravagent la Russie risquent de tourner à la catastrophe écologique et sanitaire. Sous l’effet des flammes, plusieurs zones « nucléaires », dont la tristement célèbre région de Chernobyl, pourraient libérer de fortes radiations et contaminer l’environnement et ses habitants.

L’importante « nucléarisation » de la Russie constitue un facteur qu’il convient de prendre en compte dans la gestion déjà complexe des incendies qui ravagent le pays en cette période de forte canicule. La situation est des plus préoccupante dans pas moins de sept [1] régions (dont l’Oural, la région Est de Moscou ou encore la région Ouest de Bryansk) où sont localisées plusieurs sites nucléaires. Centrales, centres de (re)traitement, centres d’armement et zones contaminées sont encerclés par les flammes, ce qui représentent différents risques potentiels.

Le premier danger - lié à la canicule - réside dans le réchauffement de l’eau destinée au refroidissement des réacteurs. La surchauffe d’un de ceux-ci pourrait entraîner une fusion du cœur du réacteur, accident gravissime du fait d’importantes quantités d’énergie et de matières hautement radioactives qui seraient libérées, source de contaminations majeures sur des milliers d’hectares.

Un autre danger, directement lié aux incendies lui, est la dissémination de cendres et de particules radioactives sur d’immenses territoires, particules dangereuses pour la santé donc susceptibles d’être inhalées par la population. En effet, dans les zones qui ont été contaminées par des accidents nucléaires, le sol et les plantes ont fixé des radionucléotides qui peuvent avoir une période de radioactivité parfois très longue. En brûlant, les végétaux libèrent ces particules dans l’air. Le risque est réel notamment dans les zones contaminées par l’accident de Chernobyl, soit l’Ukraine, Biélorussie et une partie de la Russie. Un autre territoire à risque se situe autour du complexe nucléaire de Mayak [2] dans l’Oural. En 1957, cette région a connu une grave explosion nucléaire qui a entraîné la contamination de milliers de personnes sur un territoire de 23 000 Km². Son sol et sa végétation sont une véritable bombe atomique à retardement.

Le risque que le feu lui-même se propage à l’intérieur des sites nucléaires où sont entreposés substances, armes ou déchets radioactifs, ne peut quant à lui être totalement écarté. Divers instituts et instances officielles internationales se veulent cependant rassurants. L’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté français) ou le Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) sont confiants dans le système d’alerte et mesures structurelles de prévention prises dans les centrales. « Dans les centrales françaises, ces mesures sont systématiques - espace entre installations nucléaires, effet de la toxicité des fumées, impact des cendres sur les installations, etc. Elles sont connues des Russes et sont sans aucun doute appliquées dans leurs installations » déclare le Directeur de l’IRSN. Mais, reconnaît-il, il existe une réelle menace sur certaines anciennes installations et centres où ces substances sont stockées sans être enterrées.
On peut sérieusement se poser la question de la fiabilité de ses propos rassurants quand les mêmes spécialistes reconnaissent par ailleurs que la Russie adopte une politique plutôt laxiste en matière de sécurité et d’entretien de son parc d’installations nucléaires…

Les autorités russes semblent cependant prendre la mesure de cette menace : l’état d’urgence a été décrété aux abords de plusieurs centres d’activités nucléaires. Le centre de Sarov à l’est de Moscou où sont entreposées des matières fissiles et explosives a du être évacué. La situation est aussi préoccupante autour du centre de Snejinsk, dans l’Oural, où des armes nucléaires sont fabriquées.

Le gouvernement russe est aujourd’hui sur la sellette pour la mauvaise gestion des incendies et de leurs conséquences ainsi que pour le manque de transparence relative à la menace que représentent les sites nucléaires et zones contaminées. En outre, depuis la chute de l’empire soviétique, on peut pointer du doigt le complet désinvestissement des autorités dans la gestion, l’exploitation et l’entretien des forêts et zones naturelles. L’absence de coupe-feu ou zones « tampon » autour de sites sensibles, proches des installations ou en territoires contaminés est un facteur de risque qui peut être considéré comme une négligence gravissime dont on perçoit à présent tous les impacts.

Le nucléaire devrait sentir sa mort venir quand on sait que les phénomènes météorologiques extrêmes comme les canicules risquent d’être plus fréquents et plus intenses dans les années à venir. Il serait en effet pour le moins léger de continuer à développer une technologie à ce point dangereuse pour la santé des populations.

notes :

[2Plus d’infos sur le site de Mayak