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Notre environnement - Pesticides - Comprendre
Nouveau coup dur pour les abeilles !!
par Alain Geerts - 19 juin 2011

Le ministère de l’Agriculture français a décidé d’autoriser la mise sur le marché du pesticide Cruiser OSR. Destiné aux cultures de colza, ce produit est particulièrement craint par les apiculteurs en raison de ses potentiels impacts néfastes sur les abeilles.

Au début de l’année, les apiculteurs semblaient en bonne voix pour enfin se débarrasser des pesticides dangereux pour la santé des abeilles, notamment par le biais d’une pétition qui avait récolté pas moins de deux cents mille signatures en France. Le gouvernement semblait lui aussi s’inscrire dans cette voix puisqu’il avait mis en place en 2008 le plan Ecophyto [1]. Un plan qui vise à diviser l’utilisation de pesticides par deux d’ici à 2018. Mais ce temps là semble bien révolu puisque le ministère de l’Agriculture a confirmé avoir autorisé la mise sur le marché du pesticide Cruiser OSR [2], destiné au traitement du colza et très controversé pour ses effets sur la santé des abeilles.

Le Cruiser de Syngenta est un vieil ennemi de l’Union nationale des apiculteurs français (Unaf) qui soupçonne sa molécule active, le thiamétoxam, de décimer les ruches. Le 16 février, l’Unaf avait obtenu gain de cause devant le Conseil d’Etat : les autorisations de mise sur le marché du Cruiser sur maïs avaient été annulées pour 2008 et 2009. L’arrivée de ce nouveau Cruiser est d’autant plus redoutée que le miel sur cultures de colza ou de tournesol (toutes fleurs) constitue le gros de la production française.

Pour Olivier Belval, le président de l’Unaf c’est « un nouveau coup porté aux abeilles ». Il déplore l’attitude du ministère de l’Agriculture : « nous constatons avec dégoût le désintérêt du ministère pour notre cause et nous redoutons un printemps silencieux dans les plaines de colza » a-t-il déclaré. En effet, pour l’Unaf aucun doute possible : le Cruiser OSR contient un insecticide qui se retrouve dans la sève et jusque dans les fleurs des plantes, et ce, pendant près de trois années après l’épendage du produit. Un véritable fléau donc pour les abeilles. Mais selon le gouvernement, les apiculteurs n’ont aucun souci à se faire. Le Cruiser OSR n’est pas dangereux selon l’ANSES (l’Agence nationale de la sécurité sanitaire) qui a estimé que l’usage du pesticide sur les semences répond à l’ensemble des conditions de sécurité requises. Des arguments qui ne sont pas en mesure de convaincre les apiculteurs.

Alors pour que les apiculteurs décolèrent, le gouvernement a tout de même promis de rester vigilent face à l’utilisation du Cruiser OSR. En cas d’incident, son utilisation pourrait être remise en cause et suspendue. Mais aux yeux du ministère de l’Agriculture, une telle situation n’a que peu de chance de se produire. En effet, le Cruiser OSR est déjà utilisé dans l’Union européenne sur plus de 2 800 000 hectares, soit un peu plus de 2 hectares sur 5 et il aurait permis de « supprimer un à deux traitements insecticides des feuilles de plein champ ». Une nouvelle qui tombe à l’heure où le devenir des abeilles inquiète les scientifiques et où le Cruiser 350 (un dérivé du Cruiser devenu illégal en 2010) qui est utilisé pour la protection des cultures de maïs, a donné lieu à plusieurs cas avérés d’empoisonnement des abeilles.

Source : zegreenweb

notes :

[1Présenté en conseil des ministres en septembre 2008, mis en place par le ministère de l’Environnement à la demande de l’Élysée, le plan Ecophyto 2018 découle des débats du Grenelle de l’environnement. Repris par le PNSE 2 (deuxième « Plan national santé-environnement », il vise à diviser par deux l’utilisation des pesticides d’ici à 2018 et à retirer progressivement du marché certains produits contenant les cinquante-trois substances actives les plus préoccupantes (NDLR : Une trentaine d’entre elles ne font déjà plus partie de la composition de mille cinq cents produits et dix autres devraient être retirées d’ici à la fin de l’année). Le premier Comité national d’orientation et de suivi du plan Ecophyto 2018 a été instauré en avril dernier. Décliné en cent cinq mesures, ce plan globalement bien accueilli par les associations devrait coûter environ deux cents millions d’euros sur les trois premières années. Il prévoit aussi, entre autres, d’assurer la compétence de l’ensemble des acteurs (conseillers, distributeurs et utilisateurs) et de « mettre en oeuvre des actions spécifiques pour réduire et sécuriser l’usage des produits phytosanitaires dans les espaces non-agricoles ». Il a enfin instauré un indicateur de suivi et de la promotion de la production intégrée baptisé NODU.

[2Ce pesticide est commercialisé par le groupe suisse Syngenta Agro. Destiné aux cultures de colza, il contient deux fongicides et un insecticide, le thiaméthoxam